La sagesse de l'échec

Publié le par PHILIPPE Blandine

Coucou les amis,

Aujourd'hui, je me penche sur la question de l'échec, pourquoi il se produit, comment le gérer! Est-il possible de ne jamais connaître l'échec?

En ne prenant aucun risque, en proscrivant toute audace, en étant "moyen bon", voilà comment éviter l'échec! Il est même possible de réussir assez bien ses études et sa carrière dans une grande entreprise française en appliquant cette méthode. Il faudrait pourtant se méfier de celui qui n'a jamais connu l'échec: serait-ce qu'il n'a jamais osé? Pire encore: il ne sait peut-être toujours pas qui il est. Car bien souvent l'échec nous offre la chance de nous arrêter pour accueillir la question: au fond, à quoi est-ce que j'aspire vraiment? Si je me suis planté ici, c'est peut-être que là n'était pas ma voie...

L'échec a ainsi parfois la vertu de m'indiquer une direction qui me convienne mieux. Les fondateurs de Google voulaient faire une solution d'indexation de mots-clés à revendre à Yahoo: ils ont échoué et cela leur a pas mal réussi. Gainsbourg voulait être peintre: cela n'a pas marché et nous n'avons, je crois, pas trop à nous en plaindre. Michel Tournier a échoué plusieurs fois à l'agrégation de philosophie: il fut donc obligé de glisser sa philosophie dans des romans et d'obtenir le pris Goncourt avec Le Roi des Aulnes. Mais l'échec a bien d'autres vertus, dont la première est probablement... de nous habituer à l'échec. Car si je ne suis pas préparé, je risque fort de m'écrouler le premier échec majeur venu. Les sportifs le savent bien: il faut endurer les échecs pour parvenir au sommet. L'enchaînement des succès précoces a même souvent un coût. Richard Gasquet a été le meilleur joueur de tous les temps durant ses années de jeunesse: adolescent, il battait même un autre joueur de son âge, un certain Rafael Nadal. Nadal a gagné quatorze tournois du grand chelem, Gasquet aucun.

Et si la clé de la réussite se jouait dans le rapport à l'échec? Dans cette sagesse de l'échec qui est plus que l'ivresse du succès. Car reconnaissons que les succès ne nous donnent pas vraiment l'envie de nous arrêter pour faire un brainstorming sur ce qui a marché. Il le faudrait pourtant: être fort, jusque dans le succès, de cette "sagesse de l'échec", chercher à réinventer après chaque succès, s'interroger sur chaque succès comme on s'interroge sur un échec. C'est la méthode de Claude Onesta, l'entraîneur des handballeurs français, ces "Experts" cinq fois champions du monde. Ce ne serait pas la moindre des vertus de l'échec: nous guérir de notre illusion infantile de toute-puissance en nous préparant à l'échec aussi bien qu'au succès. Nous aider à entendre vraiment ces mots de Kipling: "Si tu peux rencontrer triomphe après défaite/Et recevoir ces deux menteurs d'un même front/Tu seras un homme, mon fils." Car il s'agit bien en effet de cela: réussir à devenir humain.

Bonne lecture!

Source: "La minute philo", par Charles Pépin, dans Psychologies.

Publié dans Actu

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