Pensons-nous trop?

Publié le par PHILIPPE Blandine

Coucou les amis,

J'ai passé trois semaines à réfléchir, à penser: à l'opération, à ma perte de poids, à ma vie, à mes rêves, à mes ambitions, à ma famille, à mes amis... J'en suis arrivée à la conclusion que je vais bien! Je suis même en pleine forme! Je me sens prête à croquer la vie à pleines dents!

Néanmoins, cette longue réflexion est passée par des moments de doutes, des incertitudes, des peurs... Je me suis donc demandée si je ne passais pas plus de temps à penser plutôt qu'à vivre. Et aujourd'hui, en lisant le magazine Psychologies , je tombe justement sur un article sur le sujet. Drôle de coïncidence n'est-ce pas? Alors, je vous en fais la retranscription, pour que vous jugiez par vous-même.

"De nombreux essais révélateurs sur comment canaliser ce mental envahissant se vendent comme des petits pains, tandis que les cabinets médicaux se remplissent de patients éprouvant la sensation que leur cerveau explose. Alors, sommes-nous victimes d'une crise d'obésité de la pensée? Il faudrait d'abord s'entendre sur le terme. Qu'est-ce que "penser"? C'est "appliquer son esprit à concevoir, à juger quelque chose", définit le dictionnaire. En somme, la pensée accompagnerait toute espèce de productions psychiques humaines. "Tout est pensée", précise l'écrivaine et philosophe Brigitte Sitbon.

Mais que se passe-t-il quand ces pensées nous envahissent?

Le neurologue Lionel Naccache, qui reçoit à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, constate qu'un certain nombre de patients viennent le voir pour une sensation de "surchauffe qui peut se traduire par des troubles de l'attention, des troubles de la mémoire. Cela renvoie pour nous, neurologues, aux fonctions exécutives du cerveau. Ces fonctions assurent une sorte de système d'orchestration qui veille à une continuité, une forme de cohérence cérébrale. Dès qu'elles se relâchent, tout se bouscule. C'est la cacophonie! Il devient alors impossible d'organiser ses idées, de faire des projets, de focaliser son attention, qui est d'ailleurs difficile à mobiliser car nos capacités dans ce domaine sont limitées".

Nos sens sont en permanence sollicités par des stimuli cérébraux "hyper appétissants", selon l'expression du philosophe américain Matthew B. Crawford: images, musique, informations, sont véhiculés par la publicité, par Internet. Résultat: nous ne savons plus où donner de la tête. Nous nous en plaignons mais nous en sommes devenus les esclaves volontaires. Nous sommes devenus "accros" à l'"hyper-stimulation nerveuse" engendrée par notre environnement. Peu importe le contenu, ce qui compte, c'est l'excitation.

Ces stimuli ne sont pas des pensées, mais lorsque nous sommes bombardés d'informations immédiates, répétitives, incessantes sur tous les canaux, il y a une collision entre elles et nous. "Nous les prenons en compte, nous les représentons, décrypte Lionel Naccache. Quand nous les regardons, les lisons, elles vont susciter en nous des images, des souvenirs, un contenu mental." Et nous nous dispersons, nous nous perdons nous-mêmes.

Mais ce n'est pas tout: nous sommes aussi parfois assiégés de l'intérieur par des pensées qui nous obsèdent. Ca pense en nous sans que nous puissions y faire quoi que ce soit. Nous sommes agités par des ruminations empêchant l'élaboration de tout raisonnement. "En psychologie, le terme de "rumination" désigne le ressassement lancinant de pensées souvent tristes, et qui peuvent être le signe d'un état dépressif, éclaire Brigitte Sitbon. Mais si l'on tient au sens strict de la pensée, il n'y a aucune différence entre une pensée et une rumination. L'une advient lorsqu'on la convoque, qu'on y prête attention, la seconde peut nous assaillir sans que forcément nous la sollicitions, du moins en apparence."

Ces pensées incontrôlables, qui nous prennent en otage et nous obsèdent, répondent parfois à des questionnements intimes, des problématiques dont nous cherchons en vain la réponse. Mais quand la même pensée revient en boucle, cela a un sens. Soit nous n'avons pas pu traiter un souvenir insupportable et nous restons bloqués, parce qu'il nous est impossible de nous détacher de l'événement, de mettre de côté le traumatisme qu'il a provoqué. Soit nous avons interprété quelque chose qui nous tourmente, et il faut que nous cherchions des explications, que nous comprenions pourquoi, sans que cela soit forcément judicieux ou justifié.

Alors, que faire quand nos pensées nous dévorent et nous échappent? Comment retrouver toute sa tête?

Quand les sollicitations viennent de l'extérieur, la chose est apparemment aisée: il suffit de se déconnecter et de réorienter son attention.

Nous ne pensons pas trop. Nous pensons même plutôt moins. "Plus nous recevons d'informations, moins nous pensons par nous-mêmes, confirme Brigitte Sitbon. Dès lors, penser ne peut au contraire qu'alléger l'esprit plutôt que de l'encombrer!" Antoine Pelissolo suggère de calmer ce cirque de l'esprit non pas en le refoulant, mais en le mettant en scène par "des mots, des images, en gardant en tête ces pensées sans vouloir les chasser, en les laissant sans réponse, même si ce n'est pas facile."

Nos pensées ne dépendent que de nous. Si nous sommes auteurs de nos pensées, il ne dépend que de nous de laisser notre esprit vagabonder et aller d'une pensée agréable à une autre sans s'y attacher forcément; comme dirait Diderot dans Le Neveu de Rameau, "nos pensées sont nos catins" et nous avons tous en nous cette possibilité infinie d'"abandonner notre esprit à tout libertinage", conclut Brigitte Sitbon. Libre à nous de nous livrer à cette débauche. Nous ne penserons jamais trop."

Bonne lecture!

Source: "Pensons-nous trop?", par Hélène Fresnel, dans Psychologies.

Publié dans Psychologie

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